Heurs et malheurs de la Démocratie participative

La Démocratie Participative est décidément un exercice difficile, autant pour les élus que pour les habitants ! Ainsi, à quelques semaines d’intervalle, nous avons participé ou assisté à deux réunions sur la même opération (Cœur de Ville, Cœur d’Agglo), et menées par les mêmes élus, et pourtant, nos impressions n’étaient pas les mêmes à l’issue de ces réunions.

REQUALIFICATION ET EXTENSION DES ESPACES PUBLICS : des responsables associatifs sous-utilisés, réunion du Comité de suivi du 2 décembre 2010, à la Plateforme.

 Les élus ont parlé longuement de leur état d’esprit, de petites affaires d’actualité et de la chronologie des réunions antérieures, tout cela étant hors de la question principale ou, en tout cas, peu introductif. L’architecte-urbaniste-paysagiste, que l’on voyait pour la première fois dans le rôle de réaménageur des espaces publics du centre ville, n’a pas considéré qu’il devait exposer clairement ses principes et sa méthode pour que les personnes venues à la réunion puissent en discuter avec lui ; il a commenté des croquis d’immeubles ou de rue, peu « parlants » pour les profanes, et a fait, au fil des images, un commentaire intéressant, dévoilant de temps à autre sa personnalité sympathique et ses opinions, mais il n’a pas donné de vue d’ensemble sur le travail pour lequel il était recruté, ni suggéré des alternatives intéressantes qui auraient pu susciter et justifier une participation des habitants. Au moment des questions, chacun a parlé des problèmes de son quartier, de son bout de rue ou de son activité professionnelle, sujets légitimes mais qui n’auraient pas dû venir dans une réunion générale, axée sur l’avenir urbanistique du « Cœur d’agglo ».

RÉAMÉNAGEMENT DES QUAIS DE L’ISÈRE : une possibilité de s’exprimer et d’échanger, réunion publique du 20 janvier 2011, à l’auditorium du Musée de Grenoble.

Une brève introduction de Monsieur le Maire et un exposé concis et précis du paysagiste, ont été suivis d’un débat avec l’auditoire, venu très nombreux. Le paysagiste avait déjà conduit, avant l’été, à quinze jours d’intervalle, deux ateliers. Lors du premier, il avait présenté les multiples possibilités de redistribution de l’espace public, en quoi consiste principalement, en fait, la revalorisation des quais. Lors du second, il avait déjà, suivant les réactions recueillies, éliminé certaines possibilités. Cette fois, le projet s’était affiné, les mots étaient simples et clairs, les solutions proposées relativement bien définies. Élus et techniciens ont répondu aux questions sans monopoliser le temps de parole et en apportant des informations complètes. Le seul petit regret est là aussi le grand nombre de questions « personnelles », même si certains ont cherché à élargir le débat, notamment sur les questions de circulation.

Ces deux réunions ont certainement demandé pas mal de temps et d’effort à pas mal de gens, élus, techniciens, experts, responsables associatifs et habitants ; la première a mal fonctionné et risque d’avoir décrédibilisé et découragé l’implication citoyenne. La seconde a été nettement plus riche et a sans doute apporté des informations intéressantes à des personnes pas forcément « expertes » mais désireuses de s’impliquer.

Elles ne se situaient pas dans la même phase de l’élaboration du projet. La première en était au début ; la deuxième à l’affinement. Mais ce décalage temporel n’est certainement pas la seule raison des différences de ressenti et d’efficacité.

Il serait bon d’analyser ce qui a amené des résultats si contrastés.

 

Mathieu Mauvais, Président du CLUQ

Jean-Pierre Charre, Vice-Président, Animateur du Groupe de Travail « Grenoble demain »

Jean Tournon, Secrétaire, Co-animateur de la Commission Démocratie Locale et Participation

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Réponse de M. Philippe de Longevialle à notre article :

Bonjour,
 
J’ai lu la comparaison faite par le Cluq entre les concertations des quais et de Cœur de ville/Cœur d’agglo.
Chacun peut bien sur juger de la qualité de la concertation sur tel ou tel projet, selon ses attentes.
La comparaison ne me paraît cependant pas pertinente dans ce cas là pour les raisons suivantes :
 
- la concertation de Cœur de ville/cœur d’agglo sur les espaces stratégiques démarre, celle des quais se termine.
- un projet est au stade des intentions (espaces stratégiques), l’autre est bouclé (stade AVP sur les quais)
- la réunion du musée s’adressait à un public large (large information auprès des grenoblois), celle de la plateforme pour cœur de ville s’adressait essentiellement aux représentants associatifs ou commerçants.
 
 
Il est vrai qu’à la plateforme beaucoup de sujets « particuliers » sont venus sur la table, questions sans doute prématurées et peu en lien avec le profil général du projet. Ce n’est pas du fait de la ville.
Fallait il pour autant ne pas y répondre alors qu’on sait que ces projets génèrent, naturellement, des inquiétudes qu’il faut lever ?
 
Chaque urbaniste en chef a aussi sa personnalité. Alexandre CHEMETOV est peut être par nature plus en retrait dans les réunions publiques. Mais il est très ouvert dans le contact direct.
Les 3 balades urbaines faites le WE dernier sur Cœur de ville ont réuni chacune près de 40 personnes. Le contact a été direct, chaleureux et les échanges très constructifs en général, et avec Alexandre CHEMETOV en particulier.
 
Quand la concertation va trop vite, il lui est reproché d’être trop précise (« tout est décidé »). Quand elle prend son temps (le temps utile pour la maturation des projets et les échanges), on lui reproche d’être trop floue, pas assez directive.
 
Laissons le temps faire les choses, et il est certain qu’on atteindra sur Cœur de ville le même niveau d’implication et d’échanges que pour les quais, tant l’intérêt est vif pour l’avenir du centre ville.
 
Bien cordialement
 
Philippe de LONGEVIALLE
Adjoint au Maire de Grenoble – Urbanisme et Aménagement
Président de la SEM SAGES